Le gouvernement de Sébastien Lecornu pourrait accorder au Smic sa première hausse au-delà de la formule légale depuis 2012, selon Les Échos, qui évoquent un geste « plus important qu’attendu » à l’approche de la mobilisation intersyndicale de jeudi 5 novembre sur le pouvoir d’achat. Aucun arbitrage n’a encore été rendu public.
Une semaine sous tension
La rentrée de la Toussaint s’ouvre sur un calendrier chargé pour l’exécutif. Après la journée du samedi 31 octobre, qui a réuni entre 320 000 et 500 000 personnes selon Les Échos, en recul par rapport aux précédentes, les organisations lycéennes et étudiantes appellent à des blocages mardi et jeudi. Surtout, toutes les grandes confédérations – CFDT, CGT, FO, FSU, rejointes par la CFTC, la CFE-CGC et Solidaires – appellent à manifester et à faire grève le 5 novembre pour les salaires et les pensions.
Le Premier ministre a reçu les dirigeants syndicaux le 21 octobre, puis le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a consulté syndicats et patronat. Un second tour est prévu.
Ce qui est sur la table
Seul salaire indexé sur l’inflation, le Smic doit être revalorisé automatiquement au 1er janvier, d’environ 1 % selon les estimations relayées par la presse, après une hausse de 2,41 % au 1er juin. Selon BFM Business, l’exécutif a d’abord proposé d’avancer cette hausse d’un mois, au 1er décembre, un scénario d’environ 15 euros mensuels jugé « largement insuffisant » par les syndicats.
D’après Les Échos, le gouvernement a ensuite travaillé sur un supplément de 0,5 à 0,6 point, portant la hausse totale à environ 1,5 %, soit un peu plus de 20 euros net par mois. Franceinfo, citant une source gouvernementale, évoque une piste comparable : revalorisation anticipée et coup de pouce de 0,5 %, soit quelque 22 euros net pour un Smic aujourd’hui à 1 478 euros net. Dans son édition du 1er novembre, le quotidien économique indique que, « selon plusieurs sources », l’exécutif pourrait aller au-delà, sans satisfaire les revendications syndicales.
Le gouvernement pourrait aussi publier le décret, prévu par le budget de la Sécurité sociale pour 2026, qui calculerait les allègements de cotisations sur la base des minima de branche lorsque ceux-ci sont inférieurs au Smic.
Le ministre du Travail sur une ligne de crête
« Le Smic n’est pas tabou », a déclaré Jean-Pierre Farandou le 29 octobre sur France Inter, selon l’AFP, tout en assurant que « rien n’est décidé ». Il dit viser une « convergence » entre entreprises, syndicats et État « autour du 5 novembre ». Le ministre a toutefois qualifié de « fausse bonne idée » les hausses massives réclamées, rappelant que 14 % des salariés sont au Smic et estimant qu’une hausse de 16 % coûterait 250 000 emplois, rapportent Les Échos.
Emmanuel Macron a, de son côté, appelé les branches à « relancer » leurs négociations salariales, sans se prononcer sur un coup de pouce, selon l’AFP. Selon un pointage de la CGT, 122 branches sur 200 avaient encore à la mi-octobre un bas de grille inférieur au salaire minimum.
Patronat et syndicats aux antipodes
Les revendications syndicales restent éloignées des pistes étudiées : 100 euros net par mois pour la CFDT, 130 euros pour FO, 150 euros (+10 %) pour la CGT. Plus modéré, le président de la CFTC, Cyril Chabanier, a réclamé sur BFM Business une hausse totale de 2 %, ou au minimum de 1,6 %.
Le patronat, lui, s’y oppose. « Au motif d’acheter la paix sociale dans la rue, on va créer la pagaille dans les entreprises », a lancé sur franceinfo le président du Medef, Patrick Martin, qui met en avant les hausses du coût du travail déjà prévues dans le budget de la Sécurité sociale pour 2027 et un risque de 200 000 emplois supprimés. Le Medef, l’U2P et les Entrepreneurs dénoncent une « double peine » si une hausse du Smic s’ajoute à la réduction des allègements de charges. Jean-Pierre Farandou a laissé entrevoir une discussion sur ce point.
Pour les entreprises, l’enjeu dépasse le salaire minimum : chaque revalorisation rattrape le bas des grilles conventionnelles et relance les négociations de branche. L’arbitrage attendu dira jusqu’où l’exécutif est prêt à aller.




